CES IMAGES QUI PEUVENT CHANGER LE MONDE

CES IMAGES QUI PEUVENT CHANGER LE MONDE

Télévision, Internet, Publicité, les images sont partout autour de nous et envahissent notre espace quotidien, au point de déformer notre vision de la réalité, ou au contraire de nous montrer le monde tel qu’il est réellement.

Petite réflexion sur ces images qui peuvent changer le monde.

 

UN MONDE D’IMAGE, UNE IMAGE DU MONDE

 

Commençons déjà par définir notre sujet : c’est quoi une image ?

Platon appelait « image, d’abord les ombres ensuite les reflets qu’on voit dans les eaux, ou à la surface des corps opaques, polis et brillants et toutes les représentations de ce genre. » Il s’agit donc d’une représentation de la réalité qui peut prendre différentes formesLe mot vient de Imago en latin, qui désignait les masques mortuaires en résine que l’on appliquait sur les morts pour garder un souvenir de leur visage.

Pour le philosophe Olivier Boulnois, « l’image est le langage commun de l’humanité ». Des hommes des cavernes aux réseaux sociaux, d’un continent à l’autre, elle est un langage universellement compris et la « lecture instantanée et présence immédiate du monde. À travers elle l’homme se reconnaît ». Et il rajoute « l’image sert de vérité. Elle s’offre à tous et se refuse à chacun. »

Que dire de tout çà ? Les images sont aujourd’hui partout autour de nous. Nous ne pouvons pas faire un pas sans tomber sur un panneau publicitaire, une petite annonce, une enseigne de pharmacie, une oeuvre de street-art, etc .. et bien sur celà ne s’arrête pas à nos rues, mais se poursuit sur Internet, la télévision, …

On estime qu’une personne moyenne voit dans une journée jusqu’à 15 000 stimulis visuels eles publicités inondent la ruentre la rue, le net et la TV !

Et en même temps nous savons de moins en moins décrypter ces images qui nous inondent, alors que dans le même temps les marketeurs de tous poils décortiquent le cerveau humain, pour savoir quelle image va provoquer chez nous telle émotion ou une terrible envie d’acheter.

Et de plus en plus souvent, ces mêmes techniques de marketing sont utilisées à des fins politiques, pour nous donner une illusion, c’est à dire une image mentale, une représentation plus ou moins erronée du monde dans lequel on vit.

Par exemple, il n’y a pas un jour ni même une heure où la télévision et Internet ne nous parle pas d’un conflit ou d’exactions à un endroit dans le monde. Nous avons donc l’impression que la violence a explosé depuis ces dix dernières années, que le monde est à feu et à sang, que la colère gronde à nos portes, et j’en passe !! Politiques et médias se plaisent à nous maintenir dans un climat d’insécurité . Et pourtant non, le monde n’est pas en train de sombrer dans le chaos ! Le nombre des morts, des conflits et des violences en tout genre n’a jamais été aussi bas depuis une bonne vingtaine d’années. Seulement on ne fait jamais un bon scoop avec une histoire où tout se passe bien !

 

LE POIDS DES MOTS, LE CHOC DES PHOTOS

 

Ce célèbre slogan qui a fait les heures de gloire du magazine Paris Match, a résonné comme un hymne chez plusieurs générations de reporter et photojournalistes. La surenchère d’images a forcément entraîné une escalade à la photo la plus choc, à la caricature la plus trash. De la sécurité routière à Daesh, en passant par BFMTV, que ce soit pour faire réfléchir ou simplement pour faire le buzz, les techniques du marketing de la peur font recette !

Mais comme une photo parle plus qu’un long discours, voici celle qui met en émoi notre société en cette rentrée 2015, celle qui m’a inspiré cet article, celle que l’on voit partout et dont tout le monde parle depuis ce matin.

Aylan Kurdi, enfant martyr de la folie du monde.

Aylan Kurdi était un enfant syrien qui a fui son pays en guerre pour rejoindre l’Europe puis le Canada avec sa famille – L’europe connait actuellement une vague migratoire sans précédent, dont la perception par les européens est savamment orchestrée par les médias. Mais l’histoire du jeune garçon s’est malheureusement arrêté quelque part en Méditerranée aprés le naufrage de l’embarcation que sa famille et lui avaient du emprunter pour fuir la Syrie.

Aylan a été retrouvé mort, face contre sable, sur une plage de l’île grecque de Kos au matin du 2 septembre 2015.

Nilufer Demir, journaliste turque de 29 ans et auteure de la photo de Aylan, a d’abord été choquée en apercevant le corps du jeune syrien migrant mort échoué sur la plage. Mais elle s’est ressaisie et a photographié pour « aider à changer le cours des choses », même si elle « n’aurait jamais cru qu’une photo ait de tels effets ».

la photo de Aylan Kurdi parodiée

La photo a fait le tour du monde médiatique en moins d’un jour et le monde du net s’en est emparé pour la reprendre comme un étendard. Véritable prise de conscience ou nano-séisme vite oublié ? L’avenir nous le dira.

 

UNE CERTAINE VISION DE L’IMAGE POLITIQUEMENT ACCEPTABLE ?

 

Alors pourquoi cette photo et pas une autre ? Qu’est-ce qui fait que nous allons engloutir des milliers d’images chaque jour sans même nous en rendre compte, mais que nous allons être marqués fortement par l’une d’elle en particulier ? Même Nilufer l’ignore, selon elle, la jeune journaliste était juste « au bon moment au bon endroit » pour apporter « le déclic que le monde attendait ».

L’image n’est pas la réalité, juste une représentation, ici photographique, de la réalité. Si elle provoque en nous des sentiments forts c’est parce que cette représentation évoque des choses en nous, et c’est bien là toute la question : quelle est notre vision de l’image politiquement acceptable ?

Si on analyse notre photo, nous avons des contrastes saisissants et des symboles importants. Tout d’abord la scène se passe sur une plage au lever du soleil. Le lieu évoque la quiètude et pourtant le gendarme en uniforme rompt l’équilibre et à ses pieds git quelque chose, non en fait c’est un enfant … on peine à y croire, l’image est visuellement trés violente. C’est l’enfance, l’innocence qui est ici brisée, la folie du monde qui semble s’être abattu sur ce petit corps.

Mais le plus important, c’est que cet enfant à la peau claire, avec son t-shirt, son bermuda et ses petites chaussures à scratch, ressemble à s’y méprendre à un petit européen, il aurait pu faire sa rentrée au milieu de NOS enfants, il aurait dû …

Posons-nous honnêtement la question : l’impact aurait-il été le même si cet enfant avait été noir ? Autrement dit, cette photo nous marque-t-elle particulièrement parce que nous avons pu nous identifier?

Et bien faisons le test tout de suite : ceci est l’affiche du festival de photojournalisme Visa pour l’Image, qui a lieu actuellement à Perpignan, elle est affichée en 3 par 4  dans toutes les rues de MA ville depuis 15 jours, les montpellièrains sont tous passés devant au moins une fois depuis le début du mois de septembre.

Visa pour l'image 2015 - affiche

 

Cette photo de Daniel Berchulak représente un enfant libérien pendant l’épidémie d’Ebola qui a sévi dans plusieurs pays d’Afrique l’an dernier, transporté comme un objet par deux hommes en combinaison anti-contamination. Là aussi l’image est violente, l’enfant, l’innocence sont représentés également, et la quiètude du visage de l’enfant, certainement mort lui aussi, contraste fortement avec la scène qui se joue. Mais pourtant, cette image n’a jamais fait le buzz nul part.

Deux poids, deux mesures ? 

Ceci me rappelle une émission vue il y a quelques mois où l’écrivain franco-sénégalaise Fatou Diome s’indignait

« Ces gens qui meurent, si c’était des blancs, la Terre entière serait en train de trembler. Ce sont des noirs et des arabes. Eux quand ils meurent çà coûte moins cher ».

La question n’est donc pas de savoir si nous devons ou non montrer et partager ces images. Le festival de photojournalisme Visa pour l’Image est justement là pour nous rappeler que la vocation même de ce type d’image est d’être diffusées pour rendre compte au monde entier de la réalité des choses.

Il faut par contre se demander pourquoi on montre ces images, juste pour le buzz ou pour s’indigner mollement, ou alors pour faire réellement bouger les choses. Et dans ce cas nous sommes déjà acteurs du changement; Mais on fait quoi aprés ?

Retrouvez l’événement Visa pour l’image dans le calendrier local de CITYZEN PROJECT.

Rétroliens/Pings

  1. COMMENT AIDER LES MIGRANTS : DE L'INDIGNATION A L'ACTION - CITYZEN PROJECT - […] cette situation, nous ne pouvons rester indifférents à la douleur humaine, et la photo du petit Aylan, 3 ans …

Poster le commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *